Are We Europe? 

Nouvelles géographies imaginaires (euro-)musulmanes.

Étude de cas turcs et marocains.

Maryam Kolly et Farid El Asri (coordonné par)

2023

 

Presses de l’université Saint-Louis

La présente proposition de publication découle d’une initiative européenne de coopération en matière d’innovation, d’échange d’expertises et de bonnes pratiques internationales, dans le cadre d’un projet européen Partenariats stratégiques de l’enseignement supérieur Erasmus +. Le consortium interuniversitaire international réuni autour de celui-ci s’inscrit dans les départements de sociologie et de sciences politiques. Le projet de recherche en question (Arriver en Europe/partir d’Europe. Identités et mobilités des Euro-Turcs et Euro-Marocains) répond au besoin de développer une connaissance des constructions identitaires et des dynamiques d’installations/d’ancrages et de mobilités de citoyens européens d’origine extra européenne. En particulier, les populations descendantes des migrants marocains et turcs constituent les groupes cibles de l’étude en tant que population issues de l’immigration – hors UE – parmi les plus importantes en Belgique, en France et en Italie. Dans de nombreux pays de l’UE, les descendants de migrants marocains et turcs font face à une complexité identitaire croisant les relations entre le pays des parents, grands-parents et arrière-grands-parents et le pays de naissance. Ces catégories de population sont de surcroît surexposées à des inégalités structurelles en ce qui concerne l’accès aux ressources symboliques et matérielles (discriminations à l’embauche, au logement, relégation scolaire, délits de faciès, etc.). Notamment en lien avec ces difficultés, la question de la “radicalité” d’une petite minorité de ces personnes a surgi au grand jour lors des événements terroristes de 2015 et 2016.

 

Les États membres ont mis en place un cadre de coopération et de coordination de savoirs et d’expériences afin qu’ils puissent être mutualisés à l’échelle de l’UE. Cet ouvrage vise à l’exploiter pour transversaliser la production de connaissances sur la présence marocaine et turque en Europe: l’objectif est d’examiner ce qu’on appelle ici les “géographies imaginaires” euro-musulmanes suivant l’expression d’Edward W. Saïd (Saïd, 1978) à savoir les identités imposées et/ou négociées, les contours religieux (avec un focus sur l’islamité), les modes d’en/déracinement et de circulation dans les espaces européen et extra-européen de ces groupes ethnoculturels.

 

En plus de vouloir renforcer les liens avec nos partenaires issus de l’Union européenne sur ces thématiques et par-là renforcer notre réseau d’experts, le partenariat a la particularité d’intégrer des acteurs académiques issus de Turquie et du Maroc. L’objectif de notre consortium a en effet été de réunir trois universités européennes (Université Saint-Louis, Université de Marseille, Université de Padoue), une université marocaine (Université Internationale de Rabat) et une université turque (Université N. Erbakan de Konya) afin de développer la connaissance des types d’ancrage en Europe et des relations entretenues avec le pays des “parents” dans le chef des citoyens et citoyennes euro-turcs et euro-marocains ; de nourrir l’étude de la composante musulmane dans l’identité collective et l’orientation éthique de ces populations ; de dégager des cadrages théorico-méthodologiques communs transnationaux ; d’adapter les contenus des curriculum dans les filières de formation concernées et de permettre aux décideurs de mettre en place des politiques internationales de prévention idoine. Les groupes cibles de ce projet sont avant tout les enseignants et les étudiants des institutions engagées dans le projet. Toutefois, la société civile est également la cible de notre démarche: l’ouvrage collectif ici proposé (ainsi que le MOOC associé) doit représenter une ressource pour éclairer l’action publique et les débats dans la cité. Un colloque est enfin prévu à l’Université Saint-Louis de Bruxelles en octobre 2022 comme canal de dissémination de son contenu à destination d’une large audience d’étudiants, de chercheurs, d’enseignants et de la société civile.

Plan de l’ouvrage collectif

 

Introduction

Maryam Kolly et Farid El Asri

 

Partie 1/ Fabriques trans/nationales de l’islam. Politiques étatiques et microsociologie des mosquées.

 

Chapitre 1. Farid El Asri : Trajectoire du Self-Imam en Belgique. Imamat belgo-marocain, en terres d’‘“islam européen’’ et de traditions.

Les citoyens bruxellois de confession musulmane restent traversés par le contexte des trajectoires migratoires des années 1960-70. Cet héritage de parcours  depuis le Maghreb est caractéristique de la genèse d’une présence non-anticipée. Les intentions des primo-arrivants d’alors et l’institutionnalisation religieuse amorcé dès 1974 par la reconnaissance de l’islam en Belgique ne visait donc pas l’ancrage local, mais escomptait le retour permanent au pays d’origine (Martens, 1976). La transition générationnelle, la fermeture des frontières vont asseoir une “transplantation” des Musulmans, définitivement inscrits dans la société belge. Ces personnes d’origine turque ou marocaine vont progressivement s’affirmer, au gré des générations, comme citoyens du pays (Dassetto & Bastenier, 1984). Le passage de l’ouvrier étranger à l’immigré, pour le statut de citoyen ensuite, relève de changement statutaire certes, mais aussi de paradigmes de perceptions du Self (Goffman, 1973; Mead, 2006). Les imams des mosquées locales sont contraints de composer avec cette donne évolutive, tout en étant eux-mêmes pris dans les redéfinitions de leur parcours et ancrages. Ce processus d’attache progressive polira les expériences religieuses musulmanes dans la ville et, ce, tant sur le plan organisationnel, institutionnel, discursif que cultuel (Khader, Martiniello, Réa et Timmermans, 2006). Les imams “de première cuvée” permettront le développement d’une légitimité communautaire variable au travers de leur fonction religieuse dynamique, volontariste et liée à un lien de service assidu avec le pays d’origine. Aussi, un leadership se profilera dans le temps, au gré de la potentialité des uns et des autres, et répondra à la complexité des attentes communautaires locales sur des échelles micro-localisées. De l’expérience des découvertes du contexte belge par les primo-imams marocains jusqu’aux enjeux de la formation des imams en faveur d’un “Islam belge”, une socioanthropologie des principales transitions de la corporation religieuse se dessine. Elle nous permet de pointer du doigt les quelques moments qui font les charnières évolutives à l’intérieur des dynamiques de l’islam à Bruxelles et de la “fabrique d’imams” de générations nées en Europe. Par une approche sociohistorique, ce chapitre étudiera les processus de transformations endogènes au métier d’imam d’origine marocaine, y inclus la façon dont les influences du Maroc conditionnent une corporation toujours en phase de construction (Cohen, Joncheray & Luizard., 2004).

 

Chapitre 2. Khalid Rhazzali : Islam en/d’Italie et politiques diasporiques marocaines. L’imam dans un champ religieux fragmenté.

La réalité minoritaire islamique en Italie s’est développée au cours des trois dernières décennies, en s’accompagnant d’importantes transformations. Au centre des sollicitations de la part de trois types d’acteurs – d’abord, la communauté des Italo-musulmans vivant au quotidien la vie religieuse dans une société plurielle et sécularisée (Berger, 1967), ensuite, l’islam transnational (Mandaville, 2003) et, enfin, les politiques sécuritaires italienne et marocaine (Allievi, 2011; El Ayadi, 1997; Rachik, 1992) -,  l’imamat vit en particulier un processus de transformation continue en Italie conditionné par l’ensemble des acteurs précités (Saint-Blancat, 2008). Ce contexte de nouveaux besoins en termes de profils professionnels religieux se caractérise sur le terrain italien par un conflit pour l’hégémonie sur le champ islamique (Bourdieu, 1971; Pin, 2020). Les stratégies de “bricolage” des imams  (Rhazzali, 2018) tout comme l’incapacité des  institutions italiennes à gérer la complexité de ce champ hors d’un discours sécuritaire (Allievi, 2009) ont amené en outre l’État marocain à intervenir depuis une dizaine d’années sur celui-ci (Pace & Rhazzali, 2018). Cet interventionnisme est tantôt direct tantôt plus indirect, via le soutien d’organisations dont les dirigeants sont d’origine marocaine (Di Mauro, 2019). L’imam italien se profile dans ce contexte comme un “entrepreneur” de l’islam entraîné dans une course à la légitimité à la fois in, en intracommunautaire, et out par rapport à la sphère d’influence marocaine (Rhazzali, 2014, 2015). Ce chapitre propose une analyse de l’imamat marocain en Italie à la lumière de ces éléments dans une perspective comparative avec la Belgique, en se penchant sur le rôle joué par les initiatives étatiques marocaines d’extension de la politique religieuse vis à vis des musulmans d’Italie (marocains et non marocains).

 

Chapitre 3. Ahmet Koyuncu, Faruk Karaarslan et Müşerref Yardim: De la direction turque des affaires religieuses en Europe. Etude sur la Diyanet Işleri Başkanlığı

En raison de l’appartenance des Turcs et Turques à l’İslam, le problème de leur toplumsal uyum (“cohésion sociale” en turc) aux pays européens où ils et elles vivent a été l’un des principaux sujets de discussion depuis les premières migrations en Europe dans les années 1960. Dans ce contexte, le rôle de la Diyanet (Akgönül, 2015; Avci, 2005; Bruce, 2015 ; Erdem, 2008 ; Gözaydın, 2014 ; Sunier & Landman, 2015) dont le fonctionnement institutionnel est placé sous la responsabilité de l’État turc s’est clairement affirmé par l’organisation d’une politique diasporique.  Il est à ce titre un producteur de normes (Türkmen, 2009) se traduisant par  la promotion d’une identité doublement européenne et turque, que ce soit pour les membres de sa diaspora en contexte allemand, belge ou hollandais.  La politique “religieuse” diasporique oeuvre à cette finalité en prenant appui sur une offre d’activités (service funéraire de rapatriement, gestion du culte, animation culturelle de la jeunesse, organisation du pèlerinage, etc.). Ces dispositifs font sens avec le principe d’une identité transnationale des Turco-Européens dans les  pays où ils et elles vivent mais aussi par un programme de gestion des “retour au pays (tersine göç)”. Le chapitre se consacrera à l’étude du registre discursif institutionnel de la Diyanet et notamment de la fabrique d’une norme de toplumsal uyum (cohésion sociale) potentiellement déroulée dans les antennes des Unions des Affaires Culturelles Turco-islamiques qui cadrent l’organisation cultuelle turque en Europe (DITIB) – en Allemagne mais aussi aux Pays Bas et  en Belgique.  Le chapitre entend dresser une linéarité temporelle illustrant la place que ces autorités religieuses occupent dans la construction de l’identité musulmane des Turcs en Europe.  Sur le plan méthodologique, le chapitre privilégiera une étude qualitative développée à partir de l’observation des activités des unions DITIB ainsi que des entretiens avec ses membres.

 

Partie 2/ Brain drain, brain gain. Compétences du Nord vers le Sud?

 

Chapitre 4. Faruk Karaarslan, Ahmet Koyuncu et Müşerref Yardim: “Migration à l’envers” (Tersine Göç) « Appel des étudiants euro-turcs » vers les universités du Sud (le cas de l’Université de Konya).

La mobilité internationale des étudiants et étudiantes turcs est un élément de la transformation qualitative et quantitative des réalités démographiques, tout en étant étroitement liée à la mondialisation “d’en haut”, aux migrations de compétences et aux politiques nationales. Elle peut être motivée par des intérêts financiers (i. e. la qualité des bourses et de l’enseignement), mais aussi par la projection des étudiants et étudiantes dans un imaginaire du “chez soi” associé à l’idée d’un confort  de vie auprès de cercles familiaux. Le vécu des discriminations d’ordre religieux ou ethnique en contexte européen peut constituer un motif également. Un constat de départ est en tous cas que la Turquie est devenue une région attractive pour les étudiants internationaux ces dernières années (YTB; Alkın, 2020; Erşahin, 2015), le nombre d’étudiants euroturcs inscrits aux programmes étant en forte augmentation. Ce chapitre porte sur la compréhension du phénomène que l’on appelle en turc Tersine Göç (“migration à l’envers”) en particulier tel qu’il existe pour le groupe étudiant universitaire ciblé par ce terrain d’enquête à Konya en Turquie.  Pendant le séjour d’étude, observe-t-on, des écarts surgissent entre ce qu’on espérait trouver par le “retour au pays” et ce qu’on y trouve: l’hétéro-perception des Euroturcs comme des Yabancı (étrangers), des Gurbetçi (Expatrié) et des Almancı (“ces Allemands” en turc); les chances et les risques pour une mobilité socio-professionnelle utlérieure (risque de non-reconnaissance des diplôme turcs en Europe, opportunité de débouchés professionnels pour les boursiers de la Diyanet).  En partant des théories de push-pull (Lee, 1966), des réseaux (Massey et al.,1993; Faist, 2000) et du transnationalisme réactif (Itzigsohn & Saucedo, 2002; Vertovec, 2004), ce chapitre se concentre donc sur les paramètres matériels et symboliques de la “migration à l’envers” des étudiants hommes et femmes  euro-turcs, à partir d’une méthodologie compréhensive explorant les conditions objectives et les “narratifs” liés à ce phénomène.

 

Chapitre 5. Sophie Bava, Hicham Jamid et Farid El Asri : “Retours des cerveaux” depuis l’Europe post-Eldorado. Carrières d’Euro-marocains dans les établissements privés d’enseignement supérieur au Maroc : compétences mondialisées et nouvelles circulations de savoir.

Depuis les vingt dernières années, la libéralisation de l’enseignement supérieur est devenue une réalité irréversible au Maroc (Mellakh, 2011 ; Mazzella, 2009 ; 2014). En effet, à partir de la seconde moitié des années 2000, on assiste à un déploiement planifié et graduel de plusieurs universités privées, visant à promouvoir un enseignement supérieur de qualité et à répondre aux attentes de certaines catégories sociales marocaines en quête d’assurer à leurs enfants une éducation aux standards internationaux. Ce chapitre vise à appréhender les parcours migratoires et les trajectoires professionnelles des Marocains enseignants-chercheurs – et pour certains et certaines des  Euro-Marocains -, exerçant dans trois universités privées au Maroc (UIR de Rabat, l’Université Euro-Méditerranéenne de Fès et l’Université polytechnique Mohammed VI de Benguerir). Pourquoi ont-ils ou elles choisi de “retourner” ou d’arriver (pour ceux nés en Europe) au Maroc ? Quelles relations hommes et femmes maintiennent-ils, quels regards et quels discours portent-ils sur le Maroc et sur le pays d’immigration et/ou de naissance ? Quelles sont les dynamiques sociales et professionnelles, notamment celles liées aux transferts de savoir et de savoir-faire (mise en circulation et réseautage des connaissances), engendrées par ce «retour des cerveaux » au Maroc ? En traçant les opportunités ou les limites de ces dispositifs d’acheminement de compétences de Marocains du monde sur les campus privés au Maroc, ce chapitre vise ainsi à tracer les contours d’une nouvelle “géographie” des trajectoires professionnelles Nord-Sud dans l’Europe post-Eldorado.

 

Chapitre 6. M. Yardim et A. Koyuncu:  Self transnational et « non-retour ». No Way Back pour les jeunes universitaires turco-belges?

Il a été établi, s’agissant de l’aventure européenne de la diaspora turque depuis plus d’un demi-siècle, que les Turcs diffèrent des autres communautés d’immigrés par les relations établies avec le pays d’origine (Manço, 2005). Dans une démarche d’historicisation des relations réelles et/ou symboliques des migrants et descendants de migrants turcs en Europe, le terrain inédit de ce chapitre se compose d’étudiants universitaires turco-belges dits de la “quatrième génération” dont les imaginaires ne sont pas encore bien connus, à défaut d’études dédiées. Là où les générations de leurs aînés intègrent une aspiration réelle ou fantasmée de retour, notre étude montre non seulement qu’un double référentiel transnational (Vertovec & Cohen, 1999) prévaut dans le chef des Euroturcs interrogés mais que celui-ci entre en résonance avec le discours politique diasporique de l’Etat turc (“Restez Turcs, restez en Europe”), ceci dans le contexte d’une nation turque repositionnée sur l’échiquier international néolibéral. On peut en ce sens faire l’hypothèse d’une idéologie du non retour plus ou moins explicite de la part d’une Turquie assumant le “brain drain” d’une élite euro-turque enracinée sans être déracinée dans l’espace européen. Le chapitre se penche sur ce terrain à partir d’entretiens qualitatifs portant sur la nature des relations des étudiants turco-belges avec un référentiel culturel turc internalisé, ainsi que sur la géographie affective du “sentiment de chez” soi et les bases de la non volonté d’un quelconque “retour”.

 

Partie 3/ Nécro-géographie aux portes de l’Europe. Aller-retour, identité et survie à partir du « triangle de la mort » marocain.

 

Chapitre 7. Beatriz Mesa : Narratifs croisés de migrants et néomigrants. Flux humains passés et présents entre Maroc (« Triangle de la mort ») et Espagne.

À partir de terrains ethnographiques multi-situés dans deux villages, l’un en Espagne (Sant Hilari  à Gérone/Espagne), l’autre au Maroc (petites communes subalternes à la région de El Kelaa Seraghna), ce chapitre croise l’analyse de la migration vers le Nord dans des conditions d’exposition à la mort et l’analyse des pratiques locales d’accueil des néomigrants par des migrants arrivés en Espagne dans les années 90. Ces mobilités s’inscrivent dans des périodes marquées par des crises majeures : la première est causée par la crise des “Subprimes” (2007) au milieu de la crise économique mondiale, la seconde s’inscrit dans  la crise sanitaire du COVID-19 (2020) à l’origine de la destruction de milliers d’emplois. Le voyage depuis Kelaa Seraghna est, on l’a dit,  une prise de risque mortelle dès le moment où le projet de traversée de la mer est entrepris. Cette problématique combinée soulève plusieurs interrogations dont une centrale, à savoir  la question de la distribution du droit de vivre et de mourir suivant  la théorie de Achille Mbembe, en particulier à travers le concept de “nécropolitique” (Mbembe, 2006). L’originalité de la démarche consiste à  allier une étude structurelle, à partir du cadrage théorique de la “biopolitique”, avec une approche compréhensive. Ainsi, on tentera  de comprendre, dans l’optique d’une anthropologie de la “mort” (Robert Hertz, 2015) et à l’aide d’entretiens approfondis avec les migrants, la caractérisation par ces derniers du couple vie/mort – dans un contexte où la raison justifie moins à première vue la mobilité que la déraison. La réflexion instrumentale n’a lieu en effet qu’au moment où les personnes migrantes organisent le voyage clandestin (ce qui implique la vente de terres, de bétail ou d’autres biens qui les aideront à couvrir les frais de la place dans le bateau). Le candidat à l’émigration clandestine est alors placé dans le bateau pendant trois jours jusqu’à ce qu’il touche les côtes espagnoles des îles Canaries. Or, on observe dans les récits endogènes personnels et collectifs que cette réflexion autour du voyage intègre l’horizon de la mort et que cet horizon est assumé par les migrants dès lors où la vie dans la localité périphérique dégradée par le manque de ressources est considérée comme une autre façon d’assumer la “mort en vie”.  L’ethnographie portera dans ce cadre sur les logiques de réseaux entre migrants nouvellement et anciennement arrivés qui incluent une “culture” de gestion collective (Carnet et al. 2012) de l’hyper-mortalité et la codification de la mobilité en termes de protestation sociale.

 

Chapitre 8. Rhizlane Michrafy et Kh. Rhazzali : Retour des migrants marocains d’Italie au “Triangle de la mort”. Ressorts identitaires, relationnels et économiques des retours de “survie”.

La migration de retour (Petit 2007 ; Audrey, David, Maitilasso 2020) des Marocains résidents à l’étranger (MRE) est un phénomène de plus en plus en expansion ; celui-ci met en scène des espaces publics et privés de la société : l’action des pouvoirs publics, divers  acteurs de la société civile en plus des  migrants de « retour » eux et elles-mêmes ainsi que  leur entourage. Or, l’expansion de ce phénomène et l’intérêt qu’il représente ne s’accompagnent pas d’une augmentation du nombre d’études dédiées.  A partir des résultats d’une enquête empirique, notre contribution vise en ce sens à “instruire le dossier” des trajectoires migratoires de l’Italie dans une région qui a connu les plus grands flux migratoires marocains en Italie depuis les années 1990 jusqu’à présent  (Nassiri, Mashat, El Asroussi 2010). La zone géographique à l’étude ici s’étend de Khouribga jusqu’à Kella Seraghna en passant par Fkih Ben Salah et Beni Mellal. Elle est en outre appelée le “Triangle de la Mort” par les médias, cette appellation étant dûe aux drames engendrés par l’immigration clandestine vers l’Europe à destination principalement de l’Italie. Le chapitre exploite les postulats d’un double framework théorique pour éclairer ce phénomène. D’une part, il se consacre à l’analyse de la “nécro-politique” migratoire au vu des formes contemporaines de violence (A. Mbembe) que subit le migrant en situation de retour contraint. Et, d’autre part, cette fois sous l’angle du transnationalisme (Vertovec 2004, Tarrius 2012), l’analyse porte sur la dynamique de « retour »  et ses effets sur les processus de reconstruction identitaire individuelle chez les migrants – ce, à partir de leurs interactions avec les politiques marocaines et italiennes (et aussi européennes) et avec les acteurs associatifs du contexte de réinsertion.

 

Partie 4/S’auto-représenter au sein de la “géographie de l’imaginaire”.

 

Chapitre 9. M. Kolly : Où sont les Drari? Iconisation des masculinités subalternes par les décors : étude de productions filmiques maroxelloises.

Le corpus des courts métrages réalisés par des jeunes Bruxellois des quartiers populaires de la capitale est un riche terrain d’investigation pour l’étude de l’auto-représentation à travers les images (Mitchell 2005; Boidy, 2018) et, en ce qui nous intéresse plus particulièrement ici, pour celle de la construction des masculinités marginales (Connell, 1995) en contexte urbain. À partir du paradigme orientaliste (Saïd, 1978) qui suggère que le corps oriental est capturé par le regard occidental, ce chapitre analyse les productions audiovisuelles des réalisateur et réalisatrices belgo-marocains où le « garçon arabe » (Guénif & Nacé, 2003) est mis en scène. Ces produits visuels constituent des cas d’étude où s’effectue une reprise de contrôle sur sa propre image. Dans le mouvement d’une réflexion sur l’articulation entre l’identité et la spatialité, la scénarisation des lieux qui fabriquent les personnages au sein de la trame narrative sera une porte d’entrée pour analyser le Soi des “drari” – ou bandes de garçons (Kolly, 2014, 2015, 2019, Kolly & El Asri, 2020) –  entre l’ici et l’ailleurs :  les rues, les murs, les trottoirs, les logements sociaux, l’école, (référence à la spatialité de l’’’urbain bruxellois’’ à forte composante immigrée), la campagne, la nature, les animaux (référence à la Nation, la ‘’Belgique’ profonde’’), les espaces de la sphère familiale et/ou religieuse, la mosquée ou encore l’espace de l’au-delà (référence à la ‘’communauté’’, à Dieu et à l’islamité).

 

Chapitre 10. Müşerref Yardim et Faruk Karaarslan: Le rap germano-turc. Autoreprésentation d’artistes turcs en Allemagne.

King Size Teror est un rappeur germano-turc qui réalise en 1991 son premier morceau dédié à la question de l’identité et de l’appartenance en contexte européen : Bir Yabancının Hayatı  (La vie d’un étranger). Ce titre est rapidement perçu comme la  chanson pionnière de protestation turco-européenne. Le rappeur y dénonce la condition de vie marginale des Turcs en Europe, paramétrée par la réalité  du racisme et des discriminations ethniques. En s’inspirant des travaux de James Jasper (Jasper, 1997), notre démarche consiste à saisir les mouvements de protestation qui induisent  des expériences émotionnelles profondes à partir du rôle condensateur de la musique. Ce chapitre porte en particulier sur le champ de production du rap des générations turques d’Allemagne d’une part (au travers de deux études de cas emblématiques) et d’autre part, sur la réception de ce corpus musical par les auditoires turcophones en interaction avec les artistes. Ce double focus s’appuie méthodologiquement sur l’analyse de contenus textuels et visuels, des entretiens semi-directifs avec les rappeurs et la méthode d’une anthropologie numérique. Cette dernière permettra le traitement de données-clés en ligne telles que commentaires, discussions et likes adossés aux sites et sous les vidéos clips d’artistes de la culture urbaine germano-turcs.

 

Chapitre 11. Valentina Schiavinato : Humanities Network #Ensemble-plus-fort. Qui sommes-nous ? Enjeu des positionnements identitaires d’un réseau des jeunes italo-marocains, entre online et offline.

Ce chapitre porte sur l’analyse des positionnements identitaires online et offline d’un réseau de jeunes filles et fils des migrants marocains en Italie qui ont choisi de se présenter dans l’espace public, par le label de la double identité, en tant qu’“Italo-marocains”. Le collectif  Humanities Network #Ensemble-plus-fort se propose, en exploitant les potentialités du Web, d’agréger les “meilleures compétences” issues de la migration marocaine dans la perspective de former un groupe de réflexion et un laboratoire d’idées. Un objectif central pour ce réseau est de peser sur les politiques publiques italiennes et marocaines, afin qu’elles puissent mieux exploiter le “capital social” italo-marocain, qui n’est actuellement reconnu que de manière limitée en tant que composante nationale. A partir d’une recherche immersive, il s’agira d’historiciser l’expérience migratoire en jeu (diachronie et synchronie), de l’analyser en tant que cas de “modèle implicite” d’inclusion des immigrants (Ambrosini, 2001) dans une Italie où ces derniers ont un statut d’“enfants illégitimes” du pays (Sayad, 1999) et, par la fenêtre du website  (Kozinets, 2019) de sonder l’identité juvénile construite online et offline `en termes de valorisation du soi dialogique (dialogical self ; Hermans, 2001), d’agency (Mahmood, 2001 ; Ortner, 2006) et d’“ethnicité” (suivant les critères distinctifs de la différence culturelle, de l’“origine”, de la nationalité ou encore de la religion). En phase embryonnaire d’élaboration, Humanities Network #Ensemble-plus-fort constitue un cas d’étude intéressant d’élaboration identitaire où sont en conflit et en négociation les gestes d’auto- et hétéro-étiquetage. La présentation de soi ainsi produite par les jeunes Italo-marocains vise à déconstruire leur propre altérisation et à construire un outil d’empowerment.

 

Chapitre 12. Kaoutar Boustani, Samira Hmouda, Maryam. Kolly et Joachim Ben Yacoub :  System D. espace des marges. Courts métrages, vecteur d’auto-représentation des Belgo-Marocains.

Le constat n’est plus à faire quant à la définition de Bruxelles comme ville superdiverse (Vertovec, 2004). Or, le paysage médiatique et visuel global belge reflète très mal cette diversité. La sous-représentation des jeunes femmes et hommes issus des minorités ethnoculturelles dans le flot d’images que l’espace urbain véhicule fait d’ailleurs l’objet d’une critique renouvelée par les générations successives d’artistes minoritaires (Hall 2000, Mitchell 2005, Boidy 2018). Aussi, voit-on grandir le sentiment d’une partie de la population de ne pas exister dans l’«échantillonnage  visuel » des Bruxellois et dans le réservoir des images disponibles (à la télévision, dans les films programmés mais aussi dans les pièces jouées au théâtre ou au sein des expositions d’arts plastiques et visuels – de la peinture à la photo en passant par la vidéo, etc.). En outre,  les descendants de migrants  et des quartiers paupérisés se comptent sur les doigts de la main au sein des écoles d’art  de la capitale alors que la population estudiantine française, par exemple, y est très sur-représentée. Par conséquent, lorsque cette composante de la population belge a quelque chose à dire, elle ne se visibilise qu’à travers des voies d’expression en marge et matériellement précaires. System_D (festival de films réalisés par des jeunes bruxellois-e-s)  est un exemple de l’instauration d’espaces subalternes au sein du  marché culturel audiovisuel hégémonique. Il sera pour nous un cas d’étude à interroger à l’aune de l’idée de « politique des identités » : comment en particulier les productions belgo-marocaines du corpus filmique articulent-elles cette politique du Soi dans l’espace culturel institué, avec quels liens et leviers vis-à-vis de l’organisation culturelle traditionnelle, avec quels contenus narratifs ?

 

Chapitre 13. S. Bava et H. Jamid :  Monographie de quartier, entre représentation de soi et fabrication des imaginaires. La Source, quartier turc à Marseille.

Plusieurs monographies localisées en France, notamment à Strasbourg (de Tapia, 1992 ; Selimanovski, 1992 ; Fliche, 2000), à Paris (Poyraz, 2007), à Bordeaux (Sercen, 2015), ou encore en Bretagne (Guillou, Wadbled, 2006), nous renseignent sur les modes de vie des Turcs, sur les dynamiques du champ transnational qui transcendent leur migration et les lient autant au pays d’ “origine” que d’installation. Cependant, nous sommes frappés par  l’inexistence d’études similaires pour la ville de Marseille. Or, Marseille est depuis toujours une cité de passage selon Émile Témime (1985), une ville de brassage et d’ancrage de populations venues d’ailleurs. «Ville-port », « ville-carrefour », « ville de migrations », Marseille incarne un laboratoire social, un « Chicago français » (Zalio, 1996) pour les chercheurs travaillant sur les migrations et les mobilités. De toutes les populations qui forment l’identité plurielle de Marseille, les Italiens sont le groupe d’étrangers le plus important jusqu’en 1955 (Sirna, 2007). Les transformations économiques d’après-guerre et les conséquences de la décolonisation vont toutefois changer cette donne. Au recensement de 1975, 60% des personnes étrangères à Marseille étaient d’origine maghrébine. Les Algériens étant de loin les plus nombreux (Témime, 1995) jusqu’à aujourd’hui.  En revanche, les Turcs à Marseille sont un groupe à la fois visible – entre autres à travers les commerces et les restaurants ethniquement marqués – et invisible, du fait de sa taille restreinte. Afin de décrypter les oscillations de ce groupe entre visibilité et invisibilité, nous avons opté pour une étude monographique portant sur une avenue localisée dans l’un des quartiers Nord de la ville. Connue chez les jeunes par le toponyme de « La Source », il s’agit de l’avenue Saint-Antoine dans le 15ème arrondissement de Marseille. Ce site gagne à être étudié du fait de son hypervisibilisation, d’abord, à partir du “marqueur turc” (fameux Döner-Kebab, épiceries, supermarchés ouverts sept jours sur sept, boucheries et salons de coiffure) et, ensuite, parce qu’il sédimente des couches d’histoire notamment par l’immigration arménienne antérieure. Ce chapitre interroge les formes de représentation de soi (Goffman, 1973) et de production d’imaginaires géographiques (Gregory, 1994) que constituent les commerces d’alimentation et de services des Turcs dans ce quartier marseillais. Ce faisant, nous proposons de concevoir l’entrepreneuriat migrant turc à La Source comme une pratique de mise en scène visuelle des minorités turco-françaises. Il s’agira d’analyser les discours que les commerçants de descendance turque portent sur la matérialité physique, visible, des marqueurs à travers les enseignes commerciales, les types d’alimentation, de produits et de services qu’ils proposent. En outre, le papier explorera la manière dont ces commerces dits « ethniques » contribuent à la construction d’un théâtre urbain diversifié (Rollin, 2008) à Marseille, imposant une recomposition des imaginaires sociaux dans un monde devenu «post-national » (Appadurai, 2005).

Bio/CV des coéditeurs

 

Farid El Asri est anthropologue et directeur du Center for Global Studies du collège des études juridiques, politiques et des sciences humaines et sociales de l’Université Internationale de Rabat. Professeur-associé à Science-Po Rabat, Farid El Asri dirige la revue Afrique(s) en Mouvement et la chaire « Cultures, Sociétés et Faits Religieux » à l’UIR. Détenteur d’un doctorat en anthropologie de l’Université catholique de Louvain et diplômé en islamologie, en sus d’être judaïsant et arabisant. En Belgique, Farid El Asri enseigne au sein de l’Université Saint-Louis-Bruxelles pour un cours « Religions d’Occident et Société » reste chercheur-associé au Laboratoire d’anthropologie prospective (LAAP) de l’UCL et chercheur-associé dans le projet de l’Agence National de la Recherche (ANR) : « L’enseignement de l’islam au Maroc (18e-21e siècles): islamologie et sciences sociales » au Centre Jacques Berque (CJB). Farid El Asri est directeur scientifique de la formation continue en « Sciences religieuses et sociales : islam dans le monde contemporain » en Belgique (UCL, USL-B et emridNetwork) et directeur et co-fondateur du Think-tank « European Muslim Research on Islamic Development » (emridNetwork) à Bruxelles.

 

Maryam Kolly est licenciée en philosophie et lettres, docteure en sociologie de l’Université Libre de Bruxelles. Enseignante-chercheuse à l’Université Saint Louis Bruxelles, responsable acdémique du certificat d’université Sciences sociales et religieuses: l’Islam dans le monde contemporain, enseignante à l’Ecole de Recherche Graphique, ses travaux portent sur les sociabilités juvéniles y inclus la composante musulmane, la construction des féminités et masculinités marginales, les cultures urbaines et l’épistémologie pragmatique. Elle est l’auteure de deux ouvrages: De la religion que l’on voit à la religion que l’on ne voit pas (Presses Universitaires Saint Louis, 2018) et Diplomate au pays des jeunes (Academia, 2019) et coordinatrice générale du projet Partenariat Stratégique Erasmus+ 2019-2022 Arriver en Europe, partir d’Europe. Identités et mobilités des Euro-Turcs et Euro-Marocains.

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