L’objectif de ce projet est de développer nos connaissances et pratiques de terrain afin d’adapter nos curriculum en conséquence et d’améliorer la qualité des formations dispensées aux étudiants sur la question de l’appartenance des populations immigrées des 2e et 3e génération, issues du Maroc et de Turquie.

 

En effet, dans de nombreux pays de l’UE, les populations issues de l’immigration de 2e ou 3e génération restent confrontées à des difficultés d’appartenance, de construction identitaire croisant la relation entre leur pays d’origine et leur pays de naissance. Ces catégories de population sont de surcroît surexposées à des inégalités structurelles en ce qui concerne l’accès aux ressources symboliques et matérielles (discriminations à l’embauche, au logement, relégation scolaire, délits de faciès, etc.)

 

Notamment en lien avec ces difficultés identitaires, la question de la radicalité d’une petite minorité de ces personnes a surgi au grand jour lors des événements terroristes de 2015 et 2016. Les États Membres ont rapidement pris conscience de l’urgence de coopérer, de coordonner et d’échanger les expériences afin que les meilleures idées et pratiques puissent être mutualisées à l’échelle de l’UE (Déclaration de Paris, 12 février 2015).

 

Dans ce cadre, les universités ont un rôle important à jouer. C’est ce qu’entend défendre ce projet qui s’inscrit de manière transversale dans les départements de sociologie et de sciences politiques. En effet, les formations dispensées aux étudiants dans nos institutions sur les questions de l’identité, du rapport au pays d’origine et en particulier de la place de l’Islam dans le monde contemporain ont pris toute leur importance afin d’avoir une meilleure compréhension mutuelle des trajectoires de migration. Il importe d’actualiser leur contenu de manière continue, sur base d’expertises sur les sujets concernés. En effet, une meilleure connaissance des motivations et aspirations de ces populations permettrait d’outiller les décideurs de sorte à ce que les politiques publiques soient en adéquation avec la réalité du terrain et les défis de nos sociétés démocratiques. Il s’agit entre autres de saisir les logiques d’appartenance collective, les formes d’attachements, les valeurs et les contours éthico-religieux de ces groupes ethnoculturels. Le consortium de ce projet entend répondre à ces besoins.

 

Afin de cibler notre propos, il nous faut d’abord constater que les populations d’origine marocaine et turque constituent les groupes de population issues de l’immigration – hors UE – parmi les plus importants en Belgique, en France et en Italie. Après plus de 50 ans de présence de ces populations sur nos territoires, la compréhension de ces citoyens européens reste embryonnaire et alimente des questions sur l’intégration ou l’adhésion au socle de valeurs de l’Union européenne. Nous avons donc décidé de concentrer notre travail sur ces 2 groupes ethnico-religieux.

 

Les objectifs du projet sont multiples : 

– Développer la connaissance des types d’ancrage en Europe et de relation au pays d’origine dans le chef des communautés diasporiques turques et marocaines 

– Développer la connaissance de la composante religieuse dans l’identité collective et l’orientation éthique de ces populations 

– Développer une méthodologie commune de collecte d’informations sur le terrain, incluant la participation des pays d’origine (Turquie et Maroc) 

– Adapter les contenus des curriculum dans les filières de formation concernées – Former nos étudiants à ces thématiques à la lumière d’informations actualisées – Donner l’opportunité à nos étudiants de croiser leurs connaissances et leurs regards lors d’un programme intensif 

– Permettre aux décideurs de mettre en place des politiques de prévention 

– Échanger les pratiques entre les pays, la démarche étant menée principalement sur le terrain et en collaboration avec ses acteurs 

 

Les groupes cibles de ce projet sont avant tout les enseignants et les étudiants des institutions engagées dans le projet. Mais d’une part, la société civile et d’autre part, les décideurs politiques sont également la cible de notre démarche: l’ouvrage collectif qui sera publié dans le cadre de ce projet ainsi que le MOOC étant des sources importantes pour éclairer l’action publique et les débats dans la cité.

 

Les partenaires ont défini les 3 axes de travail suivants : 

– la relation de ces populations à leur pays d’origine et à leur double identité (européenne et marocaine/turque) ainsi que la traduction de cette multi-appartenance dans nos pays – l’influence des pays d’origine dans les pratiques religieuses et la conception de l’Islam de ces catégories de citoyens européens ; 

– les motifs personnels (discriminations, liens interpersonnels comme le mariage, par exemple, etc.) et circonstanciels (société des flux, démocratisation des transports, sentiment de proximité par les nouvelles technologies, etc.) au principe des choix de mobilité de ces populations vers le pays d’origine. 

 

Suivant ces axes de travail, le projet a prévu différents types de résultats à développer, ceux-ci ayant vocation à perdurer une fois le financement terminé. Le bénéfice de ces résultats sera autant en faveur des enseignants et de l’amélioration de leurs pratiques qu’en faveur des étudiants, lesquels auront accès à un savoir transdisciplinaire, actualisé et transnational.

 

Tout d’abord, nous prévoyons de fédérer les différents partenaires du projet autour de la thématique de l’intégration des diasporas turques et marocaines ainsi que leur rapport au religieux. Cela permettra de façonner une équipe transnationale experte sur ces thématiques afin de poursuivre nos échanges et transposer le fruit de nos réflexions dans nos pratiques d’enseignants-chercheurs.

 

Ensuite, les productions intellectuelles suivantes constituent les résultats tangibles de notre travail, ces dernières permettant une pérennisation des contenus:

– Production 1 : ouvrage collectif  « Are We Europe? Nouvelles géographies imaginaires (euro-)musulmanes. Étude de cas turcs et marocains»

– Production 2 : création d’un curriculum « L’Europe : entre trajectoires d’ancrage et de départs »

– Production 3 : création d’un MOOC « Bouge de là ! Trajectoire des Turcs et Marocains en Europe comme étude de cas »

 

Il est également prévu d’organiser un programme intensif transnational afin de permettre à nos étudiants d’échanger et de collaborer de manière concrète avec leurs pairs sur cette thématique. Ils auront également le privilège de bénéficier de cours ex-cathedra dispensés par nos partenaires experts des 2 pays d’origine concernés, sur ces thématiques. Bénéficier de cet éclairage “extra”- européen sur des phénomènes européens à dimension transnationale est tout à fait innovant dans ce type de curriculum.

 

Lors de la conférence finale de projet, notre objectif principal est enfin de présenter les 3 productions intellectuelles à un large public d’académiques, d’étudiants issus d’autres institutions avec lesquelles nous collaborons, de professionnels de terrain (associations, journalistes, représentant du monde de l’enseignement, représentants des communes, etc.)

 

Cette conférence aura pour finalité de diffuser nos travaux et conclusions, ainsi que les activités menées pendant le projet.

 

Ce sera également l’occasion pour tous ces acteurs de se mettre en réseau afin d’instaurer une meilleure communication des idées et des actions entre eux.